Mobilité enseignants – Avril 2013

Dès notre arrivée à l’aéroport nous avons été pris en charge par Alena MIKULIKOVA, de la Région Vysocina, qui nous a conduits à la Villa Eden à Jihlava. Nous nous sommes ensuite rendus en compagnie de Marketa METELKOVA et Roman KRIVANEK de Vysocina Education à une réunion au gouvernement régional où une présentation de la région nous est faite par Ladislav SEIDL, Responsable de la Direction des Relations Internationales. Le point le plus marquant est de constater que la Région a une double compétence : elle effectue certaines missions pour le ministère, à l’image des préfectures françaises, et d’autres pour son propre gouvernement local.

Nous visitons ensuite les locaux, dont la salle d’assemblée. 

Le temps libre qui a suivi nous a permis de découvrir la ville de Jihlava et de savourer la gastronomie tchèque. 

Jour 2 : Mercredi 10 avril 2013

 La délégation française se rend à Humpolec au sein de l’école CZA – école agricole. Pour le déjeuner, un repas typique tchèque nous est offert dans l’établissement.

 La journée est divisée en deux parties avec, tout d’abord, une présentation du système d’orientation en République Tchèque, puis la présentation de l’école CZA, incluant une visite de ses locaux.

 Silvie PYCHOVA nous présente le système d’orientation en République Tchèque, en commençant par quelques données générales de contexte sur la République Tchèque :

 Le taux de chômage des jeunes ayant un diplôme universitaire s’élève à 50%. L’âge de la retraite est en moyenne de 67 ans pour les hommes.  Après la naissance d’un enfant le congé parental est de 3 ans. Il peut être pris au choix par la mère ou le père de l’enfant. Ce long congé parental est souvent un obstacle au cours de la carrière du parent qui le prend car il est difficile de se réinsérer dans le milieu professionnel après 3 ans d’absence, les technologies évoluant, etc. Le système éducatif tchèque est basé sur le système autrichien. L’école n’a pas encore intégré les changements de la société. Depuis 2004 les écoles sont très autonomes avec chacune ses propres priorités ; ce qui a pour conséquence une grande rivalité entre les écoles. Aujourd’hui la reconnaissance du statut social des apprentis est très basse. Les écoles d’apprentissage sont surtout utilisées par des adultes qui souhaitent une reconversion professionnelle.

Puis Mme PICHOVA poursuit avec l’historique du système d’orientation en République Tchèque :

 Le conseil à l’orientation professionnelle existe depuis 90 ans. Pendant très longtemps les conseillers étaient des psychologues.

Années 50 : 1er Bureau de Consultation pour les Ecoles (secteur de l’Education).

Années 90 : le secteur du Travail ouvre aussi des bureaux pour les écoles → 2 secteurs parallèles se développent :

– via le secteur de l’Education (Ministère de l’Education) : ce sont des psychologues ;

– via le secteur du Travail (Ministère de l’Emploi et des Affaires Sociales) : info pour les non qualifiés.

2007 : Tendance à vouloir créer un secteur commun fondé sur les deux secteurs Education et Travail → création du Forum National pour l’Orientation Professionnelle + développement d’agences privées travaillant sur l’orientation professionnelle. Ces agences privées offrent leurs services aux entreprises sans aucune qualification. Financées par des fonds européens, de nombreuses ONG ont fourni des services sociaux pour des groupes cibles en difficulté.

2009 : un appel à projet fut lancé par le programme européen Euroguidance → création d’un concours national :

            – Prix de la qualité de l’orientation professionnelle ;

            – Prix national pour les services d’orientation professionnelle.

Le secteur non-gouvernemental a remporté le prix de la qualité, à la fois concernant les services offerts et la spécificité des services pour des groupes cibles donnés.

2010 : le Ministère de l’Education a mis en place un système fondé sur les priorités de l’INGPN (réseau européen des décideurs politiques). Ces priorités sont :

– accès pour tous ;

– qualité ;

– soutien au développement des compétences de carrière → être indépendant sur le marché ;

– coordination de tous les services.

Ce projet fut abandonné par le nouveau Ministre de l’Education.

2012 : Début de standardisation de la profession de conseiller d’orientation dans le cadre national de qualifications (toujours en cours actuellement). Mise en place de 4 qualifications :

            1) soutien aux élèves et étudiants ;

            2) agences de travail ;

            3) Ressources Humaines, agences de recrutement ;

            4) groupes désavantagés, handicapés, etc.

Points négatifs : il n’y a plus de base commune + il y a des conflits d’intérêt. Le service rendu ne l’est pas toujours dans l’intérêt de la personne en recherche.

Aujourd’hui : Il y a des discussions ouvertes, des réseaux existent, de même que des groupes d’experts,  ainsi que des exemples de bonnes pratiques. 

En Vysocina un concours régional pour les bonnes écoles est en cours de création. Fonctionnement à partir de cas pratiques sur des exemples anonymisés. Il s’agit d’exemples étrangers en relation avec l’Université de Stockholm.

Les ONG dominent le secteur de l’orientation.

Grâce à son expérience et son point de vue critique, Mme PICHOVA évoque les éléments qu’il reste à créer :

> Un système où chacun connaîtrait sa position ;

> Une standardisation avec un service pour tous ;

> La reconnaissance de l’importance de l’orientation professionnelle même pour les gens en situation d’emploi. Aujourd’hui, tant que les gens ne sont pas au chômage ils ne connaissent pas les services qui leur sont offerts en termes d’orientation. Pourtant ils pourraient utiliser ces services pour avoir un meilleur métier qui soit plus en adéquation avec leur profil.

Nous enchaînons ensuite par une présentation de l’école CZA par le proviseur de l’établissement.

L’ « Académie Agricole d’Humpolec » donne deux types de formation :

Formation Bac + 3 Formation de 3 ans en apprentissage (sans Bac)
Sciences naturelles Mécanicien
Agriculture – agriculture biologique Spécialiste en électricité automobile
Elevage Réparateur des machines agricoles
Technologie biologique Plombier
Médecine par les plantes Maçon
Equitation (depuis 2011) Equitation
Elevage / dressage des chiens Charpentier
Maintenances des bâtiments  
Construction  

 L’école fournit un certain nombre de services : hébergement des élèves (4 foyers d’hébergement), cantine, formation pour le permis de conduire, école de soudage, atelier de réparation de voitures (pour tout client ; 50% de ce que paient les clients est donné aux élèves pour les récompenser), réparation de maisons / bâtiments, club d’équitation.

Les partenaires de l’école sont : Ministère d’Agriculture, Chambre d’Agriculture Tchèque, Arts et Métiers, sociétés et fermes privées.

Le taux de réussite au Bac est d’environ 80%.

La visite de l’établissement nous permet de constater que, bien qu’ayant moins de moyens qu’en France, les proviseurs attachent une importance particulière à l’environnement de travail et au bien-être des jeunes. Nous constatons qu’il y a au minimum une plante verte dans chaque salle et qu’un système de tri avec 4 bacs est mis en place. D’autre part, le sport étant fort développé en République Tchèque, un système de prêt de matériel de ski/snowboard est fourni aux élèves au sein même de l’établissement. Au cours de notre visite, nous croisons deux élèves qui prennent des cours particuliers d’allemand avec leur professeur car ils vont aller effectuer un stage en Allemagne. En nous rendant à l’atelier de réparation de voitures nous constatons que l’école a un partenariat avec l’entreprise Bosch qui lui fournit gratuitement du matériel.

 Nous terminons la journée par un dîner officiel en présence de Monsieur Martin HYSKY, Conseiller Régional.

 Jour 3 : Jeudi 11 avril 2013

Roman KRIVANEK commence par nous faire une présentation de sa structure, VYSOCINA EDUCATION.

 Puis, Marketa METELKOVA  nous présente le système éducatif tchèque.

L’école est obligatoire de 6 à 15 ans. C’est l’école fondamentale. Puis, les élèves les plus motivés peuvent poursuivre dans un lycée de 8 ans.

Environ 85% des enfants vont à l’école maternelle. Les parents doivent verser une participation.

 Echelon de responsabilité en matière d’enseignement :

Ministère

Régions

Communes

Définition du programme cadre de l’enseignement Lycées et écoles secondaires

+

Ecoles supérieures techniques (=BTS)

Ecoles privées et maternelles

 Financement :

– Les salaires des professeurs sont versés par le Ministère ;

– La gestion et la réparation des bâtiments sont à la charge soit de la Région, soit de la Commune.

Organisation de l’enseignement :

Année scolaire du 1er septembre au 30 juin. Un cours dure 45 minutes.

Durée hebdomadaire d’enseignement :

1er degré de l’école fondamentale

(= école primaire)

Ecole secondaire

(= collège)

entre 18h et 26h

entre 28h et 32h

Nombre d’élèves dans une classe : entre 17 et 30 ; la moyenne étant entre 26 et 30.

L’enseignement secondaire est de deux types :

1) écoles d’apprentissage sans BAC : d’une durée de 3 ou 4 ans, se terminant alors par un BAC professionnel ;

2)  écoles qui se terminent par le BAC général.

Après un BAC professionnel ou général s’offre la possibilité de continuer dans une école supérieure.

Pour devenir professeur il faut avoir un master (= une formation supérieure). Pour être professeur dans les ateliers il faut avoir un niveau au moins égal au BAC et être spécialiste de son métier.

 On observe une chute de 50% du nombre d’élèves de 15 ans entre 1990 et maintenant : de 9 500 à environ 5 000. Du fait de la chute du nombre des élèves il y a une tendance à regrouper plusieurs établissements au sein d’un seul. Ceci a pour conséquence le licenciement des professeurs qui ne sont pas fonctionnaires.

Les élèves d’enseignement professionnel passent deux BAC : le BAC général et le BAC pro dans leur spécialité.

 Ensuite, M. Pavel TOMAN nous fait une présentation de l’école Stredni skola stavebni dont il est le proviseur. Le budget accordé par la Région Vysocina à l’établissement dépend du nombre d’élèves inscrits. La Région finance notamment les ateliers à hauteur de 160 millions de Couronnes (6,4 millions d’€). La Région a mis en place un système de bourses pour les jeunes qui choisissent des métiers d’apprentissage peu demandés : menuisier, couvreur, maçon, plombier, etc. Des élèves de toute la région viennent se former dans ce lycée.

 Enseignement :

Disciplines de 4 ans avec BAC

Centres d’apprentissage de 3 ans sans BAC

Après le BAC les élèves travaillent soit en usine (chef de projet, chef de chantier), soit en mairie (bâtiment, urbanisme). Après l’obtention du certificat d’apprentissage (=CAP) l’élève peut continuer pendant 2 ans pour obtenir le BAC.
70% des élèves continuent dans l’enseignement supérieur : vers des écoles d’ingénieur, université technique, etc. Pour les élèves qui n’obtiennent pas le certificat d’apprentissage, ils peuvent continuer l’apprentissage pendant encore 2 ans.
320 élèves dont 70 filles.

Les filles étudient la construction, l’architecture, le design et le dessin.

Secteurs : bâtiment et exploitation des fôrets
  50% de théorie et 50% de pratique

Au sein d’un lycée professionnel le rythme habituel est d’une semaine de théorie et d’une semaine en atelier, mais pas dans cet établissement. En effet, l’école a négocié avec les entreprises partenaires pour mettre en place un calendrier spécifique d’enseignement adéquat :

– Automne, pendant 2 mois ½ : période des chantiers → les élèves font de la pratique ;

– Hiver, pendant 5 mois : théorie à l’école ;

– Printemps, pendant 2 mois ½ : période de construction → les élèves font de la pratique.

A partir de la 2ème et de la 3ème année des commandes sont passées par des clients. Cela ramène des fonds. Il est possible de construire des maisons entièrement pour un coût inférieur de 30% à celui d’une entreprise de construction classique. En revanche le temps de construction est plus long. 

Les apprentis de l’école ne passent pas de contrat avec une entreprise ; ils sont rémunérés par l’Etat. Pendant la formation de l’élève c’est l’école qui établit un contrat de stage avec une entreprise.

Nous avons ensuite visité l’établissement dont le gymnase notamment a été entièrement réalisé par les élèves dans le cadre d’un chantier.
Nous sommes enfin allés déjeuner au sein de la cafétéria du Gouvernement Régional où un repas typique tchèque a été servi par des apprentis en restauration.

 Nous terminons la partie théorique par une intervention de la Chambre de Commerce et d’Industrie qui nous présente son projet « les portes sont ouvertes aux filières techniques ».

 Ce projet, financé par le FSE,  existe depuis 1 an. Il a débuté le 1er février 2012 et sera développé jusqu’en 2015.

Il consiste en la visite des entreprises et usines de la région. Il y a environ 45 entreprises partenaires du projet. Le porteur de projet est la Chambre de Commerce de la Région Vysocina, en partenariat avec Vysocina Education.

Objectifs :

1) Améliorer les conditions d’enseignement des métiers techniques dans la région ;

2) Augmenter l’intérêt des élèves des écoles fondamentales pour les filières techniques ;

3) Améliorer la situation des élèves issus des lycées professionnels techniques sur le marché du travail.

Groupes cibles : élèves des 3 dernières années de l’école fondamentale,

Enseignants, proviseurs des écoles secondaires de la région.

Activités du projet :

1) Présentation vidéo de 10 disciplines techniques sur DVD et accessibles sur internet : http://www.aliozer.com/egemen/

Objectif : compléter l’enseignement donné dans les écoles.

2) « Pratique des métiers techniques » : visites des élèves au sein d’entreprises partenaires du projet + discussion avec les dirigeants de l’entreprise

3) Visites des écoles secondaires et lycées professionnels au sein d’ateliers habilités et mise en place d’ateliers de motivation

Aujourd’hui 10 lycées professionnels sont partenaires du projet

 Apports du projet :

Pour les élèves Pour les pédagogues / professeurs
Les élèves des écoles fondamentales disposent d’informations sur les métiers techniques

 

Entrée en contact avec le milieu de l’entreprise
Obtention d’information sur les entreprises

 

Possibilité de donner des conseils d’orientation
Evaluation/détection de l’habilité des élèves dans les ateliers

 

Meilleure connaissance permettant un meilleur enseignement de la matière
Connaissance des programmes des lycées professionnels

 

 
Contact direct avec le milieu du travail

 

 

 

La valeur ajoutée du projet se décline en 3 points:

– Fil rouge entre l’école fondamentale, le lycée et l’employeur ;

– Attirer l’attention des élèves sur les métiers techniques ;

– Améliorer l’enseignement des disciplines techniques.

 Cette mobilité se termine par la découverte de la très belle ville de Telc, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

This entry was posted in Comenius école entreprise. Bookmark the permalink.